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13 juin 2013 4 13 /06 /juin /2013 11:37

11 ème Dimanche ordinaire. Année C.

Evangile selon Saint Luc 7, 36-8,3.

Homélie du Dimanche 16 juin 2013 de

monsieur l' abbé Jean-Bernard Hayet,

curé de Saint Joseph des Falaises-Bidart.

"Une "bombasse" pulvérisée par une "Bombe d' Amour"!

Savez-vous ce qu' est une "bombasse"? Ce mot nouveau qui figure désormais dans le dictionnaire (Petit Robert 2014) qualifie une femme qui met en avant son physique, une femme qui se rend attirante parfois jusqu' au vulgaire!

Dans l' Evangile de ce jour, mes frères, elle avait tout l' air d' une "bombasse" cette femme qui, sans y avoir été conviée, se "pointe" chez Simon le pharisien, en plein cœur d' un repas auquel Notre Seigneur Jésus Christ a été convié. Cette femme, en qui la longue Tradition de l' Eglise a toujours reconnu Marie-Madeleine, habite sans doute la même ville que Simon, à savoir "Magdala", à quelques kilomètres de la capitale "impie" Tibériade où réside le roi Hérode Antipas et toute sa cour. Voici donc que cette "femme pécheresse dans la vielle" -telle que la qualifie Saint Luc-, une "excommuniée" dont on ne s' approchait pas par crainte d' impureté, voici donc que cette "bombasse" repérée de tous, vient se mettre aux pieds de Jésus : scandale! Elle arrive avec tout ce qui, habituellement, lui sert à "allumer" ses clients : le parfum, les cheveux défaits jusqu' aux reins, le parfum -et peut-être les "tarifs" en poche! Tout cela faisait horreur à Simon et à tous ses amis pharisiens, tous ces "professionnels de la vertu" qui n' avaient que mépris pour ce genre de créatures!

Voici donc que la pécheresse fait irruption dans la salle du banquet : silence! Tout le monde est interloqué, stupéfié, décontenancé : elle s' approche de Jésus, "tout en pleurs" et sans aucune retenue, elle se met à Ses pieds et les mouille de ses larmes : elle ne demande rien, elle ne propose pas "ses tarifs", elle pleure aux pieds d' un homme à nul autre semblable : elle passe d' un "amour qui se vend" à un Amour qui Se donne et se reçoit! Que s' est-il donc passé? Quel "séisme" a secoué cette femme pour la précipiter aux pieds de Jésus? Quel "tsunami" l' a frappée et emportée pour la conduire dans la maison de Simon qui ne voit en elle qu' une femme méprisable, écoeurante et infréquentable, une femme que ses mœurs condamnent? Simon semblait apparemment "ouvert" à Jésus mais, en son for intérieur, il juge Jésus -aussi sévèrement que la femme!-, il Le considère comme un "plaisentin", il s' aveugle et finalement rejette son invité de marque : "Si cet homme était prophète, Il saurait qui est cette femme qui Le touche, et ce qu' elle est : une pécheresse". Simon aurait voulu que Jésus pense et agisse comme lui, il aurait voulu que Jésus Se "calque" sur sa manière de concevoir les choses et les êtres : c' est le comble de l' orgueil! Aurait-il oublié, ce cher Simon, cette Parole qu' il a tant de fois lue, entendue et méditée dans le livre d' Isaïe : "Mes pensées ne sont pas vos pensées, Mes chemins ne sont pas vos chemins, déclare le Seigneur. Autant le Ciel est élevé au-dessus de la terre, autant Mes chemins sont élevés au-dessus des vôtres, et Mes pensées, au-dessus de vos pensées" (Isaïe 55, 8-9). Là où Simon voit quelqu' un à condamner, Jésus voit quelqu' un à sauver! Là où Simon voit quelqu' un à rabaisser -et il ne s' en prive pas!-, Jésus voit quelqu' un à relever, quelqu' un qu' il faut "ressusciter" à une vie nouvelle! Et de fait, Notre Bon Seigneur, de Son Regard perçant et lumineux qui sonde les reins et les cœurs, voit cette femme au cœur ouvert, grand, vif, ardent et repentant! Saint Bonaventure imaginait la prière silencieuse de cette femme à Jésus : "Mon Seigneur, je crois fermement, je sais et je confesse que Tu es mon Dieu et mon Maître... j' ai multiplié mes péchés au-delà du nombre des grains de sable qui couvrent les bords de la mer; coupable et pécheresse, je me réfugie au sein de Ta Miséricorde... prête à me corriger... Ne me rejette pas loin de Toi, je T' en prie, car je sais que je ne pourrais trouver aucun refuge ailleurs; je n' en veux point hors de Toi... Ne me repousse donc pas de Ta Présence. Punis-moi de tous mes crimes comme il Te plaira, seulement fais-moi Miséricorde" (In "Œuvres spirituelles de Saint Bonaventure". Chap. XXVIII. De la conversion de Madeleine et autres faits pages 178-179. Paris, 1854. Louis Vivès). Saint Ambroise ajoutera ce commentaire : "Le Seigneur a aimé non pas le parfum mais l' affection de cette femme; Il a été reconnaissant pour la Foi, Il a loué l' humilité, le fait qu' elle se soit présentée telle quelle. Toi aussi, si tu désires la Grâce, augmente ton Amour; verse sur le Corps de Jésus ta Foi en la Résurrection et le parfum de ta Charité envers les autres" (Expositio Evangelii secundum Lucam). En "baignant" de ses larmes les pieds de Notre Seigneur Jésus Christ, cette femme est lavée, purifiée de toutes ses fautes, "ses nombreux péchés sont pardonnés -affirme Jésus-, à cause de son grand Amour".

Retenons ici, mes frères, plusieurs riches enseignements pour notre vie de Foi, qui feront du bien à notre cœur, qui feront du bien à notre âme en la réorientant, une fois de plus, vers notre Maître Bien-Aimé, vers Jésus :

- Savons-nous nous tenir "aux pieds de Jésus" -comme cette femme-, en Lui confessant nos péchés, nos égarements et en attendant de Lui toute Miséricorde? Savons-nous "pleurer" nos péchés, nos duretés de cœur, nos égarements de toutes sortes : "Ne pleurez pas sur Moi -dira le Christ en portant Sa Croix-, pleurez sur vous-mêmes et vos fautes!" (Saint Luc 23, 28). N' avons-nous pas trop délaissé "le chemin du confessionnal"? "Quand nous allons nous confesser, quand nous apportons nos péchés au Christ dans le Sacrement de Pénitence, nous rencontrons notre Sauveur dans une des rencontres les plus personnelles que l' on puisse avoir sur cette terre. Il nous reçoit avec douceur et miséricorde et nous accorde le pardon que nous cherchons. Il nous accorde la grâce de la conversion et renouvelle nos esprits et nos cœurs par Sa lumière et Sa paix" (Pape Jean-Paul II. Homélie du lundi 24 novembre 1986 au Lancaster Park de Christchurch-Nouvelle Zélande). "Le Seigneur nous regarde toujours avec Miséricorde... Si nous Lui montrons nos blessures intérieures, nos péchés, Il nous pardonne toujours. Il est Pure Miséricorde!" (Pape François. Angélus du dimanche 9 juin 2013).

- Savons-nous nous tenir "aux pieds de Jésus" en cultivant dans notre vie une certaine intériorité, en recherchant -comme la femme de l' Evangile-, un cœur à cœur avec Notre Seigneur; il ne suffit pas d' être en bonne santé et de bien gagner sa vie pour être heureux : il faut "autre chose", et cet "autre chose" ne s' apprend pas dans les livres, dans les écoles ou les évasions de toutes sortes : pour nous, chrétiens-catholiques, Jésus reste toujours, tout au long des siècles et jusqu' à ce jour, notre Maître : avec Lui nous sommes toujours à "bonne école" : "Venez à Moi -nous dit-Il-, devenez Mes disciples, car Je Suis Doux et Humble de Cœur, et vous trouverez le repos" (Saint Matthieu 11, 28-29). Frères et sœurs, l' Evangile du Christ reste un "Message de vie tel qu' il ne sera jamais possible d' en trouver de plus sublime dans d' autres expressions de la pensée humaine" (Pape Jean-Paul II. Homélie du 5 juillet 1980 à Porto Alegre-Brésil). On comprend, dès lors, que Lacordaire (+ 21 novembre 1861) se soit écrié un jour : "Livrez-vous à l' Evangile comme à l' âme de votre mère, elle vous aimait et elle venait de Dieu; l' Evangile aussi vient de Dieu et il est le seul livre qui ait reçu le don d' aimer... Rentrez chez vous, ouvrez-le à la première page venue et lisez-en non pas trois lignes, lisez-en un mot et pesez-le comme de l' or dans la balance de votre cœur!". Pour que le Seigneur soit dans notre cœur, il est nécessaire d' ouvrir la porte, de Le laisser venir nous rencontrer, nous regarder et nous parler et Il nous parle, précisément, avec Sa Parole qui ne passera jamais! (Saint Matthieu 24, 35) : nous, parfois, nous cherchons à négocier, nous prenons ce qui nous arrange "un peu ici, un peu là". C' est comme "faire une salade de fruits" : un peu de Saint-Esprit et un peu d' esprit du monde". Mais avec Dieu, avec Jésus, il n' y a pas de demi-mesures : on choisit "une chose ou l' autre", on ne peut pas servir deux maîtres (Conf. Homélie du Pape François le lundi 10 juin 2013 à la maison Sainte Marthe). C' est clair et net : plus un chrétien est attentif à entendre et à méditer la Parole, fidèle à l' observer et plus il la goûte, plus il l' aime, plus il la comprend, plus il y découvre des trésors de grâces, de lumière et de force. Au contraire, celui qui néglige la Parole de Dieu, qui ne la fait pas fructifier, qui la dément par sa conduite et en viole les préceptes, celui-là peu à peu s' en dégoûte, ses lumières s' obscurcissent, sa ferveur diminue de jour en jour; il commence par ne plus rien comprendre dans les Voies de Dieu; bientôt il n' y comprend plus rien du tout! Veuille le Seigneur nous préserver de cela! (Conf. Evangile médité. Giraudeau. 112 ° méditation page 213. Paris, 1823. Amable Costes et Cie.).

- Comme Simon le pharisien, ne portons-nous pas, à certains moments, un regard dur, sévère, hautain, un regard qui exclut, rejette, condamne et met de côté? Le Pape François, dans deux homélies prononcées les 18 et 25 mai 2013, disait que nous devons tous faire attention à la manière d' interférer dans la vie des autres, c' est-à-dire "comme l' on dit de manière courante, de mettre notre nez partout... combien de fois sommes-nous tentés de faire cela? Il y a le commérage : on commence par beaucoup d' éducation : "Mais moi -dit-on-, je ne veux parler mal de personne mais il me semble que... et puis on termine par écorcher son prochain... Combien de commérages dans l' Eglise! Combien nous commérons nous chrétiens!... c' est un peu l' esprit de Caïn : tuer son frère avec la langue. Mais sur cette voie, nous devenons des chrétiens aux bonnes manières et aux mauvaises habitudes! Ici et maintenant, à vous mes frères, à moi son ministre, Jésus nous rappelle qu' Il veut une Eglise avec les portes ouvertes, avec les mains tendues, pas une sorte de "douane" où celui qui cherche Jésus est éloigné parce qu' il a commis quelque erreur ou qu' il ne "rentre" pas dans les plans pastoraux bien établis par "l' intelligentsia cléricale"! C' est ce que fait Simon -pour en revenir à lui!-, il se comporte en face de cette pécheresse comme un "douanier" : "Halte-là! Ne viens pas ici! Ne t' approche pas de Jésus et encore moins de moi! Tu es "impure"!". Tenir éloignées les personnes, ce n' est pas du zèle, les "contrôleurs de la Foi" ne font pas plaisir à Jésus. C' est une vieille tentation, celle de nous approprier un peu le Seigneur : Notre Seigneur Jésus Christ a institué sept Sacrements et nous, par certaines attitudes, paroles, dureté de cœur et de langue, nous en "créons" un huitième : le "sacrement" de "la douane pastorale", qui freine, écarte, rebute certains : ils se sentent "regardés de travers", pas les "bienvenus", ils se sentent exclus et s' en vont : oui, il peut toujours y avoir en nous un "Simon le pharisien" qui sommeille! Nous devons toujours faire attention à cela : ne pas devenir des "chrétiens-repoussoirs", des "chrétiens-douaniers" ou pire des "chrétiens-geôliers" qui interdiraient aux autres de pouvoir changer, s' améliorer, progresser, se rectifier, se bonifier, en un mot se sanctifier! A la suite de la femme de l' Evangile nous aussi, avec notre vase d' albâtre -avec notre cœur!-, nous pouvons diffuser abondamment autour de nous le "parfum précieux" et agréable de la Bonté, de la Bienveillance, de la Miséricorde; nous pouvons être des sources d' encouragement, de réconfort, de paix. "Combien de chemin devons-nous parcourir pour vivre concrètement cette nouvelle loi, celle du Saint-Esprit qui agit en nous, celle de la Charité, celle de l' Amour!" (Pape François. Audience générale du mercredi 12 juin 2013).

Mes frères, si comme le proclame la sagesse populaire "il ne faut pas prendre les enfants du Bon Dieu pour des canards sauvages", cette belle page d' Evangile -que le Saint-Esprit nous offre en ce jour!-, nous révèle que les "canards boiteux, malades, défectueux" -et nous en sommes!-, sont aussi les enfants du Bon Dieu et même ils sont Ses "chouchous", Ses "préférés" : oui, depuis 2000 ans, l' Evangile nous donne à comprendre que c' est bien la misère à guérir et le criminel à sauver qui ont attiré le Sauveur sur notre terre : d' un bout à l' autre de Sa Vie, le Christ apparaît comme la Miséricorde sans limite! Ah! Nous pouvons toujours Le rencontrer et aller nous mettre à Ses pieds, au creux même de notre misère et même si nous piétinons encore, si nous pateaugeons dans des habitudes fangeuses; mais à condition que nous ayons un vif désir du mieux et une nostalgie de la pureté, à condition que nous ayons une confiance absolue et totale en Son Pouvoir de nous relever : c' est ce dont la "bombasse" de Magdala n' a pas douté un seul instant : elle reste pour nous tous un modèle à suivre! Oui, il y a de l' Espoir pour tout le monde : Dieu est capable de "transformer un pot cassé en bénitier", Dieu est capable de faire refleurir le désert! (Isaïe 41, 18-19). Oui, il y a de l' Espoir pour tout le monde : la Miséricorde du Seigneur s' étend d' âge en âge sur ceux qui Le craignent et qui savent se jeter éperdument à Ses pieds! (Saint Luc 1, 46-49).

Sa Miséricorde : tous, nous en bénéficions !

Sa Miséricorde : tous, nous devons la porter et la diffuser : qu' il en soit ainsi!

AINSI SOIT-IL!

ABBE JEAN-BERNARD HAYET.

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